Brèches lumineuses, des fenêtres artistiques et littéraires ouvertes sur le monde.

mardi 29 mars 2016

INCANDESCENCES d'Adyjeangardy

Note de lecture


D’une traite, je viens de dévorer dans 45 minutes 51 secondes chrono toutes les INCANDESCENCES d’Adyjeangardy. Ses échos intérieurs m’embrasent comme le soleil couchant embrase le ciel. Ses mots de braise charrient tout l’amour et toute la rage de son âme dans une alternance érotique débridée au rythme des déhanchements fous d’une Patrie au charme perdu. Ainsi l’amour et la mort, mâle et femelle, deux extrémités confondues tout le long de ses INCANDESCENCES.

L’architecte a agencé ingénieusement ses simples mots pour créer une merveille à chaque segment de texte. A maintes fois, ses jeux de mots forment des images magiques à mon goût. Impossible de décrire vraiment ma joie immense en contemplant dans le miroir d’en face cette flamme dévorante, déroutante et hilarante.

Au plaisir de vous présenter un extrait.

« … Quand la révolte passera à l’avenue machin alors brûle la peur brule ta peur comme de la paille maudite …
… la cloche de ton cœur bat entre ciel et terre entre pluie et soleil dans la foule des aurores sans visages …
…  faire des signes de la main dans le vide pour atteindre une ligne d’arrivée qui n’existe pas, un paradis qui n’existe que dans les plus rêves …
… la vie et la mort mises à nu se laissent apprivoiser dès que dans ma boite à lettres je retrouve les signes de la main …
… je veux revoir l’aube intacte souriante et hilarante comme avant, sinon j’appelle les nuages à mon secours pour qu’ils envoient une tornade contre la nuit aux fesses insolentes qui l’a enlevé sous notre nez …
… A genou la mer
   Je te prends sur une île déserte … »

Son livre-CD « INCANDESCENCES » confirme son talent poétique et aussi celui de dessinateur. Ces 35 pages en noir et blanc forment un joyau poétique rare synthétisant les hauts, les bas et les bas fonds d’un pays, d’une terre, d’une Patrie meurtrie. L’auteur aime sans retenue sa Patrie. Les deux forment une seule et même âme. Ils refusent à présent d’aller à la dérive. Parce qu’ils garderont en eux les secrets pour saisir enfin la lumière.

Hâtez-vous de vous laisser comme moi embraser par les INCANDESCENCES d’Adyjeangardy pour que vous parveniez aussi à comprendre l’errance du poète qui a arraché son cœur derrière un microphone et que les roses et la liberté sont jumelles infidèles qui couchent avec tout le monde, nous trompe trop souvent nous fatigue à mort. Mais garder la révolte est la lumière qui nous empêche de ne plus partir à la dérive.



INCANDESCENCES
       Poèmes
       Livre-CD  
@2015 Adyjeangardy
Editions Gorba Maïakovsky Ady 

Je ne l'ai pas trouvé

Tout le jour     à tout moment
dans les rues    partout
je ne l'ai pas trouvé
sur chaque visage croisé
je ne l'ai pas trouvé
par la brèche rouge du jardin
je ne l'ai pas trouvé
sur le rigole de bois et de citronnelle
près de ce boucan et de ce rocher
trop longtemps cherché
je ne l'ai pas trouvé

j'a trouvé le charmant visage de chacun
j'ai trouvé la brèche rouge du jardin
j'ai trouvé la rigole de bois et de citronnelle
j'ai trouvé le grand boucan du temps
j'ai trouvé chaque rocher
chaque chose
je l'ai trouvé
campé dans son illusion
dans son mirage le plus parfait
mais lui je ne l'ai pas trouvé


In Bouffées Entremêlées, coécrit avec Monique Mérabet, Editions Regards, 2013.

Touttivis Mòrèd Pwennfèpa

Arebò wonn lavi
on dividal atoufè
zoboukeche
ap teke lespwa tout on pèp
sou on dal pousyè fatra

youn pi voras ke lòt
wonn lan bèl avèk chelèn
tout moun vle jwe nan lakou pa m
on jwèt koken, anbativant
k ap boure nanm tout moun

anpil ap teke san rete
raboure wonn lavi, ranpli sak yo
anpil lòt pa janm sispann mawon
mare y ap mare yo sèlman bò wonn lavi
pou wè ki lè ya va souse on zo

epi pousyè lanmò ap swele lavi nou tout
nan on alevini naraje, andyable
touttivis mòrèd pwennfèpa
jwèt la sere anpil, li make san tonnè
tout tèk kapab mete n 2 pye devan

ti kras rès yo fin swiv
n ap pwopoze on lòt jwèt, Marèl
kote n ap konte, danse, vole jis nan syèl
pou n desine akwarèl lavi nou
nan on anbyans dans bat men ankouraje chen

Ayiti pap janm fout peri menm nan rèv yo !

Il est temps d'arrêter nos imbécilités. Pensons pays maintenant mes très chers compatriotes !


Texte publié dans la revue INFERNO news, mars 2016/No. 9

vendredi 4 mars 2016

Eric Charles, une voix d'or qui résonne malgré la mort !


Ce jeudi 25 février 2016 dans la matinée, tandis que je savourais un des morceaux du chanteur Eric Charles via mon portable, entre temps, la nouvelle de la mort de l’artiste-chanteur du groupe Mizik Mizik fait la une dans les réseaux sociaux. Une information que Le Nouvelliste va confirmer tard dans l’après-midi. Ce qui m’a fait penser une fois de plus que les artistes ont ce pouvoir de défier les forces contrariantes du temps, de l’espace et de la mort.

Il est plus qu’évident, qu’après celle de Black Alex, la musique haïtienne a eu sa nouvelle victime populaire : L’original Eric Charles ! Grand chanteur avec un timbre vocal proche de Ti Manno mais évoluant dans un registre différent et original au sein du compas avec des maestros de renoms tels Fabrice Rouzier et Keke Bélisaire. 

Là encore, tenant ma plume entre mes doigts mastorques et tremblants, j’entends sa voix grave et fort me murmurer à l’oreille : « Ne pleurez pas, ne pleurez pas sur ma mort ! » J’ai vite compris qu’il nous invite de préférence à pleurer sur nous-mêmes, les vivants, les morts-vivants, à pleurer sur notre situation trop lamentable en panne de poésie. Parce que quant à lui, il a traversé de l’autre coté. Il ne fait plus partir de ce monde. Sa poésie à lui a été son absolue perfection.

A chaque fois qu’un grand homme, qu'un artiste  populaire ou de renoms est mort nous ne faisons que chanter en son honneur, lui offrir des fleurs et tant de larmes de chagrin ou de regret, et parfois d’hypocrisie aussi. Mais très rarement nous nous arrêtons un instant pour faire un bilan et tenter de corriger ceux qui devraient être corrigés. Et puis, je me suis mis à questionner les faits autour de moi :

Nos artistes, comment vivent-ils vraiment parmi nous ?

Je sais pertinemment que le pays a de très bons et excellents artistes, de faiseurs de poésie. Mais combien d’entre eux ont atteint un niveau de richesse considérable ? A nos jours, combien d’artistes millionnaires nous avons en Haïti ?

Est-ce que les œuvres d’Eric Charles vont pouvoir continuer à nourrir sa famille après sa mort ?

Pourquoi qu’ici, le milieu musical n’enfante que des talentueuses victimes qui ne cesseront de nous ravir le cœur par leur poésie même après leur mort ? Ils avaient tout ce qu’il faut entant qu’artiste pour construire leur empire d’or. Mais c’est tout le contraire. Pourquoi ?

L’immortel Franckétienne croit qu’on est un peuple essentiellement CRÉATEUR. Je le crois aussi. Mais pourquoi nos dirigeants n’essaient pas d’investir à ce niveau, et encadrer nos artistes-créateurs, pour procéder à un développement réel et durable du pays ?... 

En effet, une infinité de questions qui vont nous laisser perplexes et sans voix tellement la situation est lamentable et infernale chez nous. Aujourd'hui, dans sa mort, l’artiste-chanteur Eric Charles nous intime l’ordre de pleurer plutôt sur cette situation dévoreuse d’âme et de rêves qui gangrène notre pays tout entier. 

Que la terre te soit légère ! Paix à ton âme !
Que ta poésie nous garde joyeux !

Pétion ville, Haïti, le 4 mars 2016, à 10h48 du soir.